Festival de bande dessinée Wattrelos

4ème édition 6 et 7 octobre 2018

Ne zappez pas les grands peintres de Glénat !

Glénat vient de sortir une nouvelle collection consacrée aux grands peintres. 30 tomes sont prévus et l’éditeur propose en même temps les trois premiers albums : Jan Van Eyck, Toulouse Lautrec et Goya. J’ai lu les deux derniers et je vous les recommande chaudement.

TOULOUSE COUV

Pourtant… c’était pas gagné et il s’en est fallu de peu que je n’ouvre pas les albums. D’abord parce que les collections de ce type sont rarement originales. Que ce soient les grands romans de la littérature ou les bios, le scénario est souvent très conventionnel et les dessins trop classiques à mon goût. Je n’ai pas non plus d’attirance particulière pour les séries qui font appel à de multiples dessinateurs ; le résultat est par définition inégal.

Ensuite, parce que la maquette de la couverture n’est pas très belle. Bizarre ! Parce que cela va à rebours de la tendance éditoriale actuelle : faire appel à un dessinateur différent, voire à un illustrateur, pour une couv’ particulièrement attirante. Dommage, parce que le résultat est qu’elle ne rend pas hommage au contenu.

Enfin, parce que la présentation par Glénat de cette nouvelle collection n’insiste pas assez sur l’identité propre de chaque album et le choix judicieux du graphisme de la Bd en fonction du peintre.

TOULOUSE 1

« Des grands peintres, on retient le nom. Parfois, l’image de leurs chefs-d’œuvre. Éventuellement, le titre d’une œuvre. Et à part ça ? Étaient-ils jeunes, vieux, riches ou pauvres ? Vivaient- ils en temps de guerre ou de paix ? Étaient-ils des marginaux ou influents, menant une vie aisée ? Fréquentaient-ils leurs pairs ou travaillaient-ils dans l’isolement le plus total ? Et quel rapport tout cela a-t-il avec leur peinture ?…

TOULOUSE 2

La nouvelle collection Les Grands peintres propose de dresser en bande dessinée un portrait de ces hommes hors du commun. En s’attardant sur un moment précis de la vie d’un peintre, elle vise à resituer avec précision le contexte historique, artistique, politique ou personnel dans lequel il en est arrivé à peindre l’un de ses tableaux les plus emblématiques. L’objectif n’est pas de retracer une vie entière, mais bien de raconter à chaque fois une histoire permettant de capter au mieux la personnalité de l’artiste et de son œuvre ».

J’ai quand même ouvert les albums et j’ai immédiatement été séduite. Ceux-ci ne proposent pas de fastidieuses bios complètes des peintres mais sont articulées autour d’un tableau (où d’une œuvre pour Toulouse Lautrec…). Chaque album est libre de son graphisme, de son genre, de son moment choisi.

 TOULOUSE 4

Je n’ai pas lu le tome 1 consacré à Jean Van Eyck et dessiné par Dominique Hé. Je n’en parlerai donc pas.

Mon coup de cœur va incontestablement au Toulouse Lautrec… Art, débauche et enlèvements… Bienvenue à Montmartre ! Scénario : Olivier Bleys, Dessin : Yomqui Dumont.

TOULOUSE 5

 

L’album s’articule autour des panneaux que Toulouse Lautrec a peint pour la « baraque-roulotte » de la Goulue. A sa retraite du Moulin Rouge, la Goulue s’est en effet tournée vers le spectacle de fête foraine avec son mari.

BARAQUE GOULUE

La « vraie » baraque de la Goulue

« À la fin du XIXe siècle, Montmartre est un quartier interlope. Un quartier où les bourgeoises viennent s’encanailler auprès des voyous et des filles de mauvaise vie ; où les vols et les bagarres sont fréquents, alors que la police des mœurs fait des descentes régulières dans les établissements mal famés. C’est là, dans les salles enfumées des bals, que Toulouse-Lautrec gagne sa réputation de peintre du vice et des bas-fonds… Mais au début de l’année 1895, une sordide affaire secoue le milieu de la nuit montmartroise : des jeunes femmes de bonne famille disparaissent, sans témoins… Très vite, les soupçons se concentrent sur l’entourage de Toulouse-Lautrec, que les mœurs peuvent facilement impliquer dans un rapt. Des individus qui figurent tous sur les tableaux du peintre, où les silhouettes des récentes disparues semblent se dessiner en arrière-plan… »

TOULOUSE 6

Croyez-moi, les dialogues sont très drôles, le rythme enlevé comme il se doit pour ce coquin de Toulouse Lautrec et le dessin maîtrisé et collant parfaitement à la peau de ces personnages pittoresques.

GOYA 1

Après avoir bien rigolé avec ce sacré Toulouse, je me suis pris un gros coup de flip avec Goya. Là encore, bravo pour le choix du dessinateur, Benjamin Bozonnet, qui excelle de son trait tourmenté et avec ses couleurs angoissantes à nous plonger dans l’univers écrasant de ce moment de vie. Bravo aussi au scénariste pour ce parallèle induit entre le tableau évoqué, « Saturne dévorant ses enfants » et la propre histoire de Goya et de sa fille naturelle.

GOYA 4

« Début 1819, Francisco de Goya, atteint de surdité, emménage dans une nouvelle propriété, la Quinta Del Sordo, en compagnie de l’un de ses modèles, Leocadia Weiss, et de sa fille, Rosario. Au premier abord terrifiée par le vieux peintre et la noirceur de ses tableaux, la jeune fille demeure fascinée par sa capacité à engendrer des univers entiers à la seule force de ses pinceaux. De son côté, Goya s’émerveille de la vitalité de l’enfant qui lui permet de surmonter sa solitude et sa mélancolie. Une véritable complicité s’installe entre ces deux êtres que tout oppose… Mais, peu à peu, Rosario s’étiole, se dessèche. Goya la croit alors atteinte du désespoir qui le ronge. Il s’accuse de l’avoir contaminée. Le tableau Saturne dévorant l’un de ses enfants est peint sous cette influence ».

GOYA 5

GOYA TABLEAU SATURNE

Le tableau original

Je vais en profiter cette semaine pour vous proposer mon « best of » des Bd consacrées aux peintres. A bientôt donc sur le sujet….

Corinne