Festival de la BD

3ème édition

Retour sur un sourire

Je dois vous faire une confidence : je n’aime pas les clowns. Pas plus que les cirques d’ailleurs. Souvenirs diffus d’une petite fille avec son grand-père, confrontée au dénuement d’un cirque venu se frotter au public campagnard.

Dès lors, ce n’était plus le large sourire dessiné sur le visage du clown, mais la résignation dans son regard qui m’a poursuivie. Gravé à jamais dans ma mémoire.

En revanche, j’aime beaucoup Luc Brunschwig. Chacun des albums lus jusqu’à présent a laissé un souvenir mémorable. Marquant. Des émotions fortes.

Luc Brunschwig d’un côté, un clown de l’autre. Attirance pour les scénarii d’un côté, répulsion du personnage de l’autre, telles les pôles d’un aimant.

Et il y aussi Laurent Hirn, dont j’avais hâte de voir une autre facette du travail, après l’avoir découvert dans « Le Pouvoir des Innocents ».

L’aiguille a oscillé, la balance a basculé. Et comme Futuropolis a sorti une belle intégrale, j’ai craqué. (et en plus, il y a un chat sur la couverture)

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« Le sourire du clown, c’est l’histoire de Grocko et Clock, deux clowns quinquagénaires, qui n’ont jamais réellement connu le succès. Depuis des années, ils transportent, de villages en petites cités de banlieue, leur spectacle de rue, gagnant leur vie, vaille que vaille, menant pourtant toujours à bien la minuscule mais valeureuse mission qu’ils se sont fixée : apporter un peu de rire et d’émotion là où ils passent. Leur tournée les a menés jusqu’à la cité des Hauts-Vents, un labyrinthe de tours HLM, en marge d’une petite ville industrielle, où règne tristesse et mélancolie. C’est là que se termine le voyage des deux complices. Grocko est assassiné d’une balle dans la tête, tirée par une mère de famille sans histoire, dans un accès de folie, sous les yeux de son fils Djin, âgé de huit ans, qui suivait depuis peu le clown comme son ombre. Un an plus tard, Djin, sans père et privé de mère, revient à la cité des Hauts-Vents avec son oncle et sa tante. Profondément traumatisé par le crime de sa mère, il ne parle plus, son visage s’est figé. Il est totalement inexpressif, il semble ne plus rien ressentir, il est sans vie. »

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Le sourire du clown, c’est une tragédie en trois actes, et autant de tableaux. La foi s’oppose au rire, la violence à la vie, le chômage à l’espoir. Personnages invisibles et pourtant si présents, les immeubles de bétons écrasent leurs habitants, leur barrent la route, et l’accès à la vie de la « ville ».

Au milieu de cette fourmilière, deux clowns, un prêtre, des fidèles, des gens… et une lutte du quotidien, pour survivre, pour garder la maîtrise, le pouvoir sur sa vie, sur celle des autres.

Les rues abolissent les frontières du bien et du mal, chacun tirant la couverture à soi, par le rire, par la colère, par la peur.

Au milieu de cette cohue, un ange, ou peut-être un démon. Muet depuis le « terrible accident », Djin revient aux Hauts Vents, et découvre que le temps n’a pas fini de cicatriser les blessures infligées à la cité, et qu’une petite étincelle peut rouvrir les fractures profondément.

La révolte gronde dans la cité, et les pompiers s’avèrent parfois être de grands pyromanes…

Sourire_du_Clown_FuturopolisComme d’habitude, les personnages de Luc sont ciselés, personne n’est tout blanc ou tout noir. Chacun révèle ses parts d’ombre, et les motivations personnelles des uns et des autres s’accordent plus ou moins dans un projet d’ensemble. Et de se poser la question : la fin justifie-t-elle toujours les moyens ? Sans misérabilisme, il dépeint la vie d’un quartier « sensible », le quotidien de ses habitants, entre chômage, violence et religion.

Le sourire du clown, intégrale par Luc Brunschwig et Laurent Hirn, Futuropolis

Cindy

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