Festival de bande dessinée Wattrelos

4ème édition 6 et 7 octobre 2018

Coup de cœur : Comme une odeur de diable

 

LEF COUV

Laurent Lefeuvre annonce d’emblée ses références… Il les « affiche » même …

 LEF AVANT

Parmi elles, celle à Bernie Wrightson ne fera aucun doute pour les amateurs du genre. Même audace dans les cadrages, même utilisation subtile du nord et blanc, même style expressionniste. Rappelons que Bernie Wrightson, fasciné par les auteurs fantastiques, a adapté les nouvelles de Lovecraft, les contes de Poe et que sa version (1975) du Frankenstein de Mary Shelley est un véritable chef d’œuvre.

BERNIE WRUHTSON FRANKENSTEIN

Frankenstein de Bernie Wrightson

Pour la petite histoire – est-ce un hasard ? – il a réalisé en 1980 Creepshow , cinq contes macabres écrits par Stephen King.

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C’est à cinq contes également, mais  écrits par Claude Seignolle que Laurent Lefeuvre s’attaque. Et le pari était risqué. Certes, Servais, avec le magnifique album La Tchalette, s’était déjà attaqué à évoquer l’histoire fantastique de la campagne, en l’occurrence celle des Ardennes belges. Dans Comme une odeur de diable, il y a un zeste de folie supplémentaire qui n’est pas pour me déplaire. La tâche de Laurent Lefeuvre n’était pas facile.

D’une part en raison du style de Claude Seignolle. Conteur et romancier, Claude Seignolle, qui fête ses 100 ans cette année, n’est pas le plus connu de nos auteurs. Peut-être en raison de son style et de sa langue peuplée d’expressions désuètes et délicieusement fanées. Le style de Seignolle est tellement poétique, avec une prosodie particulière, des images immédiates (« images » au sens visuel pur bien plus que simplement littéraires) qu’il est particulièrement difficile pour un auteur de s’approprier ses contes et en faire une création personnelle.

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C’est là où le génie de Lefeuvre entre en scène, en choisissant d’illustrer ces contes de la campagne profonde à la manière des grands maîtres américains du fantastique. La greffe a pris. Mais je pense que peu d’auteurs français qui auraient pu parvenir à un tel résultat.

Parce que c’est juste savoureux – de lire autant de grands noms dans la même phrase -, écoutons Laurent Lefeuvre raconter la genèse de son album : « Claude Seignolle a publié en même temps que Jean Ray, a rencontré Georges Méliès. Je l’ai contacté via Pierre Dubois, dont il est le mentor, pour porter ses nouvelles fantastiques en bande dessinée. L’homme a sillonné à vélo son Périgord natal et recueilli les histoires d’anciens, enfants sous Louis-Philippe. J’ai voulu cette adaptation de ses nouvelles en noir et blanc, dans l’esprit de Toppi et du Creepy des éditions Warren ». (Casemate 74)

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Avec cet album, Laurent Lefeuvre n’usurpe pas sa place chez Mosquito à côté d’un Toppi ou d’un Battaglia. Sa maîtrise du dessin est totale, parfaite. Il est inventif et réalise une mise en valeur particulièrement intelligente.

Cerise sur le gâteau, l’album est assorti d’une magnifique préface de Pierre Dubois.LEF DUBOIS

Seul regret, une distribution que je trouve trop discrète et un album sous blister ; je sais que les libraires indépendants auront à cœur de présenter l’ouvrage à leurs lecteurs mais je crains que les plus grandes structures ne prennent pas la peine de laisser leur public consulter l’album. Dommage, parce que tout amateur du genre ne pourra se détacher de l’album une fois ouvert.

Laurent Lefeuvre nous a habitués au meilleur dès ses premières publications. Et ce n’est certainement pas avec Comme une odeur de diable qu’il va nous décevoir.

Et demain, je vous parle un peu plus de l’auteur et je vous réserve une surprise…

 

Corinne

 

Les contes en résumé

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Celui qui avait toujours froid Un homme mystérieux débarque dans un village breton. Il entre dans l’auberge et se précipite devant l’âtre, sans un mot. Mais ni les flammes, ni l’eau-de-vie ne semblent pouvoir le réchauffer. Comment le village réagira-t-il face à cet étranger ?

Comme une odeur de loup Le vieux Bolazec découvre un grimoire dans sa grange : son trisaïeul Lucas Ploudry était un sorcier. Il commence à le lire à le feuilleter…

L’homme qui savait d’avance Albarède, le menuisier du village a un don : il sent quand les gens vont mourir. Même ceux qui ont pourtant l’air en pleine forme. Un jour, il pressent que c’est le tour de son enfant. Cette pensée le mine, il cherche à éviter le drame.

Un bel ensorcelé A la recherche de légendes, Claude Seignolle rencontre un paysan de Sologne peu loquace. Sa femme prétend qu’il est ensorcelé.

Deux dents, pas plus… Un homme à la dentition très abîmée propose à un dentiste de lui poser deux  » canines d’occasion « .