Festival de bande dessinée Wattrelos

4ème édition 6 et 7 octobre 2018

Bouzard flingue Lucky Luke !

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Alors que la version de Lucky Luke par Mathieu Bonhomme vient de recevoir (et c’est mérité !) le prix du public à Angoulême, Dargaud nous livre ici un nouvel album hommage consacré au cow-boy solitaire, même si le mot hommage ici semble mal choisi. Il s’agit, en effet, d’une parodie conçue par l’irrévérencieux Bouzard qu’on était plus habitué à lire dans les pages du magazine Fluide glacial que dans un album aux allures classiques et à la maquette semblable aux autres albums de Lucky Luke publié par le même éditeur, ce qui peut prêter à confusion.

Cet album ne manque pas d’idées amusantes. La principale : Luke se plaint que son cheval ne lui parle plus. Il s’interroge sur son comportement et le lecteur sur celui du lonesome aussi par la même occasion… Le héros aurait-il des instincts zoophiles pour être à ce point amoureux de son cheval ? En fait dans tout l’album Jolly Jumper a un comportement de… cheval ! Il broute, galope, secoue sa crinière au vent et semble se foutre complètement de son maître. Ici c’est Lucky Luke qui parait zarbi. Il troque sa chemise jaune pour une rouge, afin de surprendre son cheval (et ainsi devient méconnaissable de tous, même des Dalton), il se confie, à qui veut bien l’entendre, sur son mal-être et quand il est appelé au pénitencier pour s’occuper de Jack Dalton qui fait la crève de la faim, on le sent au bord du burn-out. On constate même qu’il a arrêté de mâchonner des brindilles.

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L’album est truffé de gags très drôles : Averell, à force de manger est devenu obèse, Lucky Luke, dans une planche très réussie, incite son cheval à le rejoindre à travers toute une série d’occupations qui sont des pastiches de couvertures ou de dessins emblématiques de l’œuvre de Morris… Joe Dalton craque, à force d’entendre ses frangins lui dire tout le temps de se calmer quels que soient ses propos. Mais hélas, même si on se marre souvent, on lit l’album plus vite que notre ombre. Le dessin semble trop rapide et aurait mérité un peu plus de détails. On sent, en revanche que Bouzard a étudié les chevaux pour ce travail car ils sont plutôt réussis dans le style caricatural propre au dessinateur. Il y a des passages, non seulement qui ralentissent la trame du récit, mais aussi, et ça c’est plus grave vu le but recherché, qui ne sont pas drôles. Ainsi l’auteur fait intervenir à la fin le célèbre Phil Defer (un des personnages le plus réussis de la série, caricature de l’acteur Jack Palance) mais l’idée fait flop, Bouzard n’étant pas parvenu à exploiter le potentiel drolatique du hors-la-loi. Autre problème : la fin de l’histoire semble un peu tirée par les poils de crinière.

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Ceci dit c’est un album-pastiche que l’on conseille aux connaisseurs de la série qui apprécieront les nombreux clins d’œil mais on aurait aimé en avoir un peu plus pour nos 13,50 euros.

Jolly Jumper ne répond plus par Bouzard Dargaud éditeur

Jeff