Festival de bande dessinée Wattrelos

4ème édition 6 et 7 octobre 2018

Alain le libraire d’Andromède n’est plus

Nous avons appris le décès d’Alain Garguir, victime d’une crise cardiaque. Alain, pour de nombreuses personnes de ma génération, c’était le patron d’Andromède, la librairie qui se trouvait rue de la monnaie à Lille au début des années 80. Avec la célèbre bouquinerie de la rue de l’hôpital militaire, Andromède était un des rares lieux où l’on pouvait trouver de la bande dessinée de collection.

meteor

C’est là que mes premières payes s’évaporaient dans des collections de Météor, des fanzines anciens, les premiers portfolios Futuropolis ou des premières éditions de Jijé. Sa boutique n’était pas bien grande et il était plutôt plus passionné de science-fiction que de bande dessinée mais c’était un type charmant. Je me souviens qu’il y avait toujours derrière son comptoir un carton avec des albums « réservés » pour ses clients. Un jour j’y découvre le rarissime « Spirou et l’aventure » de Jijé, le tout premier Spirou édité en album.

spirou (1)

 

J’eu beau lui lancer des yeux de cocker, rien à faire, il ne céda pas ; la personne devait venir le récupérer d’ici quelques jours. Depuis je n’ai jamais retrouvé cet album (à prix abordable s’entend). Et j’ai souvent pensé à ce moment. Quand on pénétrait dans la libraire, qui comportait deux pièces, on ne savait pas sur quoi on allait tomber. Un jour on découvrait au mur une jolie planche originale de Cori le moussaillon par Bob de Moor, un autre toute la collection des Strange petit format. Bref c’était toujours avec grand plaisir que je me rendais rue de la monnaie.

strange07

Il n’hésitait pas à encourager les jeunes éditeurs de fanzines, c’est ainsi que j’y ai découvert les premiers PLG, Sapristi ! Et autres revues régionales à tirage confidentiel.

proxyma86

Plus tard il ouvrira une librairie plus grande rue de la clef mais celle-ci ne durera pas. Alain Garguir était aussi, entre autres, le fondateur et l’éditeur de la revue de science-fiction Proxyma dont Caza aura illustré quelques couvertures. C’était un homme passionné qui aura marqué mes années 80.

Jeff

Alain d’Andromède suite…

Andromède

Sympa ce petit hommage de Jeff et je partage avec nostalgie nos passages “chacun de son côté” car on ne se connaissait pas encore mais il est possible que l’on se soit croisé sans le savoir.
Grâce à lui, j’ai rencontré Jean-Pierre Croquet (encore pourvu d’une abondante chevelure brune mais déjà vêtu d’une veste de velours marron) lors du cocktail de lancement du numéro1 de Proxima dont j’avais fait la couv, bien pompée sur Mézieres ( j’en ai fait deux autres pour les Nos 3 et 5 maladroitement pompées sur Moebius, mais comment aurait-il pu en être autrement) et j’ai livré un paquet d’illustrations pompées sur les 2 précités mais aussi sur Serge Clerc car j’étais alors sur totale influence Métal Hurlant.
Je viens de retrouver cette photo où l’on nous voit dans la librairie Andromède avec… argh… 35 ans de moins, deviser gaiement au milieu des rayonnages. Croquet paraît en verve comme à l’accoutumé. En hauteur, entre autres: le monde d’Hergé, le portfolio les Dieux, la Mémoire du futur et sa version portfolio, témoins d’une époque bénie…
En guise de paiement, il acceptait d’échanger mes modestes merdouilles par les portfolios Druillet/Temps Futurs ou le Blueberry/Gentiane, mais il dut y avoir aussi d’autres trucs voire un biffeton ou deux car le bougre était d’une gentillesse et d’une scrupuleuse honnêteté. C’est d’ailleurs ce qui l’a perdu. Il se lança dans l’édition, paya  ses collaborateurs avant de penser à lui, agrandit son magasin qui déménagea rue de la Clef et devint la première librairie  BD spécialisée (un petit rayon SF survivait en fond de magasin en souvenir de ses premières amours). Il finit pourtant par mettre la clé sous la porte et passa de longues années à rembourser des dettes et écouler son impressionnant stock de bouquins SF et Fantastique. Il avait alors coupé tous les liens avec son passé et ceux qui l’avait connu. Il venait parfois incognito déposer des bouquins à la librairie “La clé des champs” sise alors… rue de la Clé.
Aux dernières nouvelles, il retapait une maison en Creuse et a cassé sa vieille carcasse osseuse de baba cool alors qu’il venait de toucher son premier mois de retraite…

Aujourd’hui je pense à lui avec tristesse et émotion et n’oublierai JAMAIS qu’il fut le premier à avoir apprécié, publié ET rémunéré mes œuvrettes.
Quand je suis triste, plutôt que de chialer tout seul comme un con, je trouve toujours préférable de m’en jeter un petit derrière la cravate et je propose que tous ceux qui l’ont connu fassent de même en pensant à lui.

Ben